CEPSUM

Valérie Forget, le Taekwon-Do comme mode de vie


Valérie sur la Muraille de Chine

Instructrice de Taekwon-Do au CEPSUM depuis plus de 20 ans, Valérie Forget a enseigné à tous les niveaux et à tous les groupes d’âge. Première Canadienne à détenir le titre de Maître instructeur, elle a implanté le programme de Taekwon-Do au centre sportif de l’UdeM et formé les instructeurs. Aujourd’hui, elle s’occupe de la programmation annuelle, des examens pour l’obtention des grades, des compétitions, et plus encore. Découvrez le portrait de cette grande championne.

CEPSUM : Qu’apprécies-tu du Taekwon-Do?

Valérie Forget : Le Taekwon-Do, c’est un mode de vie en soi! J’aime la philosophie derrière la discipline. Durant mon adolescence, j’ai essayé toutes sortes de sports comme le handball, le volleyball, le basketball, l’athlétisme… que j’ai laissé tomber pour améliorer ma performance au Taekwon-Do, une activité qui améliore autant le mental (concentration, contrôle de soi, etc.) que la condition physique (capacité cardio-vasculaire, flexibilité, force musculaire, etc.). Pour quelqu’un de lunatique comme moi, le Taekwon-Do m’a vraiment permis de me concentrer et de prendre ma place.

CEPSUM : Quel niveau de compétition as-tu atteint et quels honneurs as-tu remportés au cours de ta carrière?

V.F. : J’ai participé à deux Championnats du monde et ai terminé au 5e rang en Grèce, en 1987. J’ai aussi été championne nationale à deux reprises dans ma spécialité, les routines (« tul » en coréen). Cependant, je ne fais plus de compétition depuis 1999. Il faut dire qu’au niveau international, les vétérans de plus de 40 ans qui sont au-dessus du 6e dan (voir encadré Taekwon-Do 101 pour l’explication des degrés) ne peuvent plus participer aux compétitions. C’est dommage! J’aurais bien aimé participer aux Championnats du monde, l’été dernier. Je dois cependant avouer que c’est lors de ma sélection, en septembre 2011, comme arbitre pour le Championnat du monde des séniors en Corée du Nord que j’ai réalisé que je faisais partie de l’élite mondiale. Seulement 75 candidats, dont quatre femmes, avaient alors été sélectionnés.
Valérie recevant son diplôme de Maître instructeur
CEPSUM : Qu’est-ce que cela signifie pour toi d’être la première Canadienne à porter le titre de Maître instructeur 7e dan

V.F. : Si on m’avait dit à mes débuts que je porterais un jour ce titre, je ne l’aurais jamais cru. Il faut environ 30 ans de pratique pour atteindre le 7e dan. Actuellement, il y a environ 200 Maîtres instructeurs au monde, dont seulement cinq femmes (incluant une seule femme 8e dan). C’est un honneur d’en faire partie, mais aussi une responsabilité auprès des autres femmes qui pratiquent ce sport. En effet, la Fédération internationale de Taekwon-Do a mis sur pied un comité pour augmenter la représentation féminine au sein de la discipline, et j’ai décidé de m’y impliquer.

CEPSUM : À ce propos, quelle est la place des femmes en Taekwon-Do?

V.F. : Au Canada, la représentation féminine en Taekwon-Do est bonne. Toutefois, certains pays ne comptent pas encore de femmes « ceinture noire ». Une autre raison qui explique le peu de femmes dans la discipline, c’est que cette dernière est relativement jeune (apparition en 1955). Ce n’est qu’à partir de 2012 qu’on a vu quatre femmes accéder au titre de « Maître », et c’est grâce aux efforts de la Fédération internationale.

CEPSUM : Quelle est la proportion de femmes dans tes cours de Taekwon-Do?

V.F. : Les gens sont surpris de constater que la proportion de femmes inscrites au CEPSUM en Taekwon-Do est de 40 %. Cela s’explique peut-être par le milieu universitaire qui aurait une influence sur ce choix d’activité. C’est aussi probablement dû au fait qu'il y a plusieurs instructeurs au CEPSUM qui sont des femmes, ce qui incite probablement davantage les filles (ou leurs parents) à y participer. Chose certaine, dans les autres écoles de Taekwon-Do du Québec, il n’y a pas autant de femmes.

CEPSUM :  Au fait, depuis quand enseignes-tu au CEPSUM?

V.F. : J’ai commencé à enseigner au CEPSUM en septembre 1989. En réalité, j’y ai passé une grande partie de ma vie. J’ai acquis mon baccalauréat en Éducation physique à l’UdeM. À cette époque, j’étudiais, je m’entraînais et j’enseignais au CEPSUM! D’où mon fort sentiment d’appartenance envers le centre sportif.

Au début de mon bac, en 1988, le CEPSUM offrait des cours de Taekwon-Do, mais de style olympique. J’ai commencé à enseigner aux enfants, puis aux adultes. Depuis, le programme s’est transformé et ne cesse de se développer. J’y ai formé tous les instructeurs et y ai enseigné jusqu’à six jours par semaine, en plus de travailler à temps plein. Parfois, j’en sortais lorsque les lumières étaient éteintes. J’en profitais alors pour saluer les concierges de nuit.

CEPSUM :  Y a-t-il eu des moments particuliers ou cocasses lors de ta carrière au CEPSUM?

V.F. : Un soir, une employée m’a pressée de sortir. Faisant fi de ses avertissements, elle m’a mentionné que la piscine débordait et que je devais quitter les lieux illico. Lorsque j’ai vu l’eau s’infiltrer dans le corridor, je n’ai eu d’autre choix que de la croire et de déguerpir de là!

Valérie, entraîneure au Championnat du mondeCEPSUM  : Quels sont tes projets pour l’avenir?

V.F. : Après 28 ans d’enseignement, j’ai remis en question ma volonté d’enseigner à cause du temps requis par rapport à mon entraînement et à mon travail. Mais après mûre réflexion, j’ai plutôt décidé de diminuer mes heures de travail pour avoir plus de temps pour l’enseignement.

Après m’être investie à différents niveaux (organisation de Championnats du monde, Coupes provinciales,  Association régionale, dont elle a été présidente, etc.), je veux maintenant m’impliquer à l’international. J’ai d’ailleurs été l’entraîneur de l’équipe féminine vétéran en Estonie l’été dernier et, comme je l’ai mentionné auparavant, j’ai commencé à m’impliquer au sein du Comité international des femmes.

CEPSUM  : Est-ce que la discipline est en expansion?

V.F. : Actuellement, beaucoup d’efforts sont déployés auprès de pays émergents, dont l’Afrique. En plus d’y envoyer des équipes pour former des instructeurs locaux, la Fédération internationale a diminué les frais d’affiliation pour encourager les gens à pratiquer ce sport. Il y a aussi plusieurs Africains qui viennent s’entraîner ici et qui obtiennent leur ceinture noire. De retour dans leur pays, il reste en lien avec moi et je les  aide à développer leurs propres écoles. Il m'arrive même d'entraîner des élèves à distance à l'aide d'un support technologique.

Au Canada, je forme la relève des examinateurs et des entraîneurs de Taekwon-Do. J’ai déjà formé cinq instructeurs internationaux et ai publié des manuels d’enseignement.

Finalement, j'aimerais participer au Championnat du monde à Sofia, en Bulgarie, en juillet 2013 à titre d’arbitre central.


Malgré ses nombreuses occupations, Valérie reste fidèle à ses convictions et rêve d’acquérir son 8e dan et pourquoi pas, le titre ultime de Grand maître.


Taekwon-Do 101

Grades :
Il y a 6 couleurs de ceinture en Taekwon-Do : blanche, jaune, verte, bleue, rouge et noire. Après,  on obtient des degrés ou « dan », qui vont du 1er au 9e. Entre le 1er et le 3e dan, on est appelé ceinture noire novice. Entre le 4e et 6e dan, on est « Instructeur avancé ». Au 7e dan, on est appelé « Maître instructeur et au 8e dan « Maître sénior ». Au 9e dan, on obtient le titre de « Grand maître ».

À noter!
Les membres de la Fédération internationale de Taekwon-Do ne peuvent participer aux Jeux olympiques, qui sont ouverts uniquement aux membres de la Fédération olympique, dont l’approche, plus sportive, est davantage axée sur le combat et la frappe.

En savoir plus sur le Taekwon-do.