CEPSUM

Yutaka Katsumata ou la sagesse du CEPSUM


Yutaka Katsumata, 8e dan et médaillé de bronze lors du dernier Championnat du monde à Tokyo, enseigne le karaté au Québec depuis presque 30 ans. Karatéka d’origine japonaise, grand technicien et excellent pédagogue, M. Katsumata est très apprécié par ses élèves pour sa rigueur, son humilité et sa générosité. Réservé, calme, mais souriant, c’est avec plaisir et grande fierté qu’il prend le temps de nous raconter ce qui l’anime le plus dans la pratique et l’enseignement d’un des arts martiaux les plus populaires.

Yutaka Katsumata


CEPSUM : M.Katsumata, depuis quand pratiquez-vous le karaté? Décrivez-nous un peu votre parcours.
Yutaka Katsumata : Je pratique le karaté depuis maintenant plus de 40 ans. Quand j’étais plus jeune à l’école, au Japon, j’avais débuté avec un autre art martial, le Kendo. C’est à l’université, vers l’âge de 18 ans, que j’ai opté pour le karaté.


CEPSUM : Pourquoi avoir choisi le karaté?

Y.K. : C’est très simple : j’ai été influencé, comme beaucoup d’autres petits garçons à cette époque, par les films d’art martial qui mettaient en vedette Bruce Lee. Il était d’ailleurs très populaire au Japon.


CEPSUM : Qu’aimez-vous de ce sport?

Y.K. : Vous l’aurez remarqué, je suis quelqu’un de plutôt introverti. Et le karaté est un sport individuel, un sport d’équilibre entre le physique et le mental. C’était fait pour moi.

M. Katsumata, médaillé de bronze


CEPSUM : Vous avez obtenu une médaille de bronze au dernier Championnat du monde qui se déroulait au mois de juillet dernier. Toutes nos félicitations!
Y.K. : Je vous remercie.


CEPSUM : C’était à quel niveau? Et qui étaient vos compétiteurs?

Y.K. : J’ai compétitionné au niveau des 50 ans et plus. En kumité (combat), je me suis classé 3e, et en kata (démonstrations de mouvements), j’ai terminé 6e. Pour moi, la 6e place, ce n'était pas très bon, car je vise toujours très haut, je suis extrêmement exigeant envers moi-même. Mais j’étais le seul représentant du Canada pour les compétitions des 50 ans et plus. Il y avait 33 pays représentés au Championnat du monde.


CEPSUM : M.Katsumata, depuis quand êtes-vous au Québec?

Y.K. : Depuis 1984. Dans ce temps-là, le CEPSUM était une école vraiment importante en karaté, avec plus de 200 inscrits. Le CEPSUM est venu me recruter directement au Japon, puisqu’il manquait d’instructeurs de haut calibre à Montréal. J’y enseigne donc depuis près de 30 ans. Je dois être l’un dès plus anciens professeurs du CEPSUM! Il faut dire que j’enseigne autant aux débutants qu’aux plus expérimentés. Mais je me rends compte qu’au Québec, il est plus difficile de donner des cours de karaté qu’au Japon, car les élèves posent beaucoup plus de questions. Alors, je dois  toujours être prêt et penser à leur donner une bonne réponse.

CEPSUM : Retournez-vous parfois dans votre Japon natal?
Y.K. : Oui, autant que je peux, parfois 3 ou 4 fois voyages par année, pour visiter mes proches bien sûr, mais aussi dans le but de continuellement parfaire ma discipline dans le dojo central (humbo dojo).

CEPSUM : Outre le CEPSUM, enseignez-vous ce sport ailleurs?
Y.K. : Oui, au YMCA Guy-Favreau à Montréal, entre autres, et aussi en province, le week-end. Je voyage un peu partout au Québec pour animer des camps de perfectionnement et également pour évaluer les instructeurs.

CEPSUM : Pour revenir à la compétition, dites-nous, aviez-vous gagné d’autres championnats auparavant?
Y.K. : En 1992, j’ai atteint la 2e place en compétition Kata, et j’ai terminé parmi les 8 premiers en Kumite. Plus tard en 2007, j’ai remporté la 2e place aux Championnats du monde au niveau des 50 ans et plus.

CEPSUM : Êtes-vous le premier au Québec ou au Canada à avoir remporté ce type d’honneurs?
Y.K. : Non, pas du tout. Le Canada, plus précisément le Québec, est une puissance en karaté dans le monde. C’est d’ailleurs au Québec qu’on retrouve le plus grand nombre d’adeptes de karaté au pays. Il y a eu plusieurs champions du monde québécois dans le passé; malheureusement, les médias en parlent très peu. C’est dommage, car aux derniers championnats du monde, par exemple, l’équipe féminine québécoise a remporté la 3e place au monde en Kata. Je crois que tant et aussi longtemps que le karaté n’est pas présenté aux olympiques, il en sera ainsi. Aux derniers jeux à Londres en 2012, le karaté était en démonstration afin de semer de l’intérêt et peut-être devenir très prochainement une discipline officielle, mais malheureusement, il n'a pas été retenu pour faire son entrée aux jeux olympiques. Mais nous l’espérons un jour!

CEPSUM : Donc, le karaté est très fort au Québec, est-ce que le CEPSUM est fréquenté par de futurs champions mondiaux?
Y.K. : Je dirais qu’en général au Québec, les adeptes de karaté pratiquent leur sport pour leur plaisir. Ils sont moins portés sur la compétition et gagner des médailles n’est pas une priorité. Au CEPSUM, il y a des karatékas de très haut calibre, mais il n’y a pas de structure de compétition malheureusement.Katsumata en combat


CEPSUM : Vous vous impliquez beaucoup dans votre sport, décrivez-nous les fonctions que vous occupez au sein de l’Association de karaté Shotokan du Québec?

Y.K. : En fait, je suis l'entraîneur en chef de l’Association de karaté Shotokan du Québec qui regroupe 49 dojos et plus de 3 500 membres. Je m’assure de faire respecter les standards techniques pour que l’enseignement au Québec soit au niveau international. C’est la principale raison pour laquelle je fais la tournée des écoles de karaté au Québec pour être sûr du maintien du haut calibre d’enseignement.

CEPSUM : En terminant, aimeriez-vous nous faire part de vos projets pour l'avenir?
Y.K. : Je prévois enseigner jusqu'à ce que mon corps n'en soit plus capable. Je ne pense pas me retirer de l’enseignement. Vous aurez sans doute remarqué dans les films ou dans la vraie vie que les maîtres en karaté sont souvent très vieux et transmettent leur savoir jusqu’à leur mort! J’adore travailler au CEPSUM, je me sens respecté et apprécié; c’est ma maison, c’est ici en fait que je me sens le mieux, le plus utile.


« Nous sommes très fiers et chanceux de compter Sensei Katsumata parmi nos professeurs au CEPSUM. Même rendu au 5e Dan dans mon cheminement dans la karaté, je continue à apprendre de Sensei tous les jours. Sensei Katsumata est une inspiration pour nous tous. Notre excellente équipe d'intervenants au CEPSUM, qui compte des karatékas de très haut niveau de 2e, 3e et 4e Dan, se considère chanceuse de côtoyer un des plus grands maîtres de karaté au monde. »
- Fethi Trabelsi, directeur du dojo CEPSUM